Après les énergies solaire et éolienne, le Canada mise sur l’énergie marine pour un avenir plus propre. Elisa Obermann, directrice générale de Marine Renewables Canada, discute du potentiel prometteur de l’« énergie bleue », des technologies émergentes à l’autonomisation des communautés côtières et autochtones.
Que représentent les énergies renouvelables pour vous? Pour beaucoup, elles se résument à des panneaux solaires ou à des éoliennes. Mais l’avenir de l’énergie propre ne se trouve peut-être pas sur terre.
Avec ses milliers de rivières et le plus long littoral du monde, le Canada pourrait accueillir le prochain grand projet en matière d’énergies renouvelables. En exploitant la puissance et le caractère prévisible des vagues, des courants fluviaux et des marées, le pays tirerait parti d’une nouvelle source d’énergie constante et hautement prévisible.
Dans un récent épisode du balado ThinkEnergy, l’animateur Trevor Freeman s’est entretenu avec Elisa Obermann, directrice générale de Marine Renewables Canada, pour discuter des technologies liées à l’« énergie bleue » qui font actuellement des vagues dans le monde de l’énergie renouvelable.
Mais d’abord, une (brève) introduction à la production d’électricité
La majorité de l’électricité que nous utilisons est produite selon un principe simple : faire tourner un aimant à l’intérieur d’une bobine pour déplacer des électrons et créer un courant appelé électricité. Et la plupart des méthodes de production suivent le même concept, que ce soit avec de la vapeur obtenue par fission nucléaire ou avec des pales actionnées par le vent.
Toutefois, comme le fait remarquer Elisa Obermann : « Nous savons que le besoin en électricité va continuer à s’intensifier. Nous ne pouvons pas mettre tous nos œufs dans le même panier. Nous devons nous diversifier sur le plan énergétique. » Et c’est là que l’énergie maritime entre en jeu.
Les quatre grandes énergies marines renouvelables
Marine Renewables Canada se concentre sur quatre principales sources d’énergie marines : l’énergie marémotrice, l’énergie houlomotrice, l’énergie hydrocinétique et l’énergie éolienne en mer. Mais en quoi consistent-elles vraiment?
Elisa Obermann explique que l’énergie marémotrice emploie une technologie semblable à une éolienne terrestre, mais sous l’eau. Ces turbines peuvent exploiter l’énergie cinétique produite par le courant des marées, qui génère une source d’énergie constante et fiable.
La technologie marémotrice est particulièrement intéressante, car elle peut être mise en place progressivement et déplacée facilement, ce qui n’est pas le cas des barrages, par exemple. Cette souplesse est l’un des principaux « avantages » des technologies marémotrices, car elle facilite l’entretien des turbines et leur retrait rapide en cas de problèmes d’emplacement.

Les technologies utilisées pour les courants fluviaux sont semblables aux turbines sous-marines utilisées pour produire de l’énergie marémotrice, mais avec une différence majeure : elles sont unidirectionnelles. Le débit continu d’eau en aval d’une rivière représente une source de production extrêmement fiable. Ces technologies sont également économiques, car elles peuvent être intégrées à des infrastructures existantes près des rivières.
Même si elle est encore en phase de développement, l’énergie houlomotrice intéresse également Marine Renewables Canada. Plusieurs concepts sont d’ailleurs à l’étude. Parmi eux, un dispositif semblable à une bouée aurait pour objectif de capter l’énergie générée par le mouvement vertical d’une vague grâce à une chambre interne. À mesure que la vague monte, elle expulse l’air de la chambre pour actionner une turbine qui crée de l’énergie.
Les éoliennes en mer produisent de l’électricité grâce à des technologies parmi les plus avancées. Pour simplifier, ce sont les mêmes éoliennes utilisées sur terre, mais dans l’océan. Leur avantage : la vitesse des vents au large des côtes a tendance à être plus rapide et stable, ce qui permet de produire davantage d’électricité. À 20 km/h, une éolienne produira par exemple deux fois plus d’énergie qu’à 15 km/h.

Ce domaine fait l’objet de nombreux travaux et recherches. Mais pourquoi envisager ces nouvelles technologies alors que les énergies solaire et éolienne existent déjà?
Pourquoi investir dans l’énergie marine? Car prévisibilité rime avec fiabilité
Même si les énergies solaire et éolienne représentent une part importante des énergies propres, elles dépendent fortement des conditions météorologiques : leur production est perturbée lorsque le ciel est couvert ou que le vent ne souffle pas. À l’inverse, la prévisibilité et la constance sont deux grands avantages de l’énergie marémotrice, qui peut être prédite des années à l’avance. Il en va de même pour l’énergie houlomotrice, qui est deux fois plus prévisible que l’énergie éolienne et solaire.
« Nous pouvons prédire le mouvement des marées, explique Elisa Obermann. Ça nous permet d’optimiser la planification énergétique. Nous pourrions même anticiper le courant des marées descendantes ou montantes dans 100 ans. »
Avec une fiabilité aussi élevée, l’énergie marine permet au Canada de ne pas dépendre d’une seule source d’énergie, ce qui contribue à stabiliser l’approvisionnement et les prix.
Lorsqu’on étudie la potentielle production d’énergie marine renouvelable, les chiffres sont encourageants. « Le Canada a un potentiel de 40 000 mégawatts d’énergie marémotrice, et nous avons seulement pris en compte les meilleurs emplacements, affirme Elisa Obermann. On parle ici de potentiel technique, mais il faut aussi examiner la faisabilité vis-à-vis des emplacements et ce qui se trouve à proximité des réseaux. »
Pour se donner une idée, c’est assez d’énergie propre pour éliminer plus de 113 millions de tonnes de CO2 ou retirer plus de 24 millions de voitures de la circulation.
L’immense potentiel de production mentionné par Elisa Obermann présente un intérêt particulier pour le Nord et les régions côtières du Canada. Pour de nombreuses communautés éloignées et autochtones, les mouvements prévisibles de l’océan pourraient fournir une autre source d’énergie très utile.
Une solution exempte de carbone pour les communautés éloignées
Plus de 280 collectivités éloignées (pour la majorité autochtones) dépendent de centrales à énergie fossile au Canada. Grâce à l’énergie marine, ces populations pourraient profiter d’une solution de rechange plus faible en coûts et sans émissions.
« Les collectivités nordiques, éloignées, côtières et autochtones pourraient potentiellement remplacer le diesel, explique Elisa Obermann. Des études ont montré que le coût serait en fait inférieur à celui du diesel utilisé dans ces collectivités. »
Pour aller plus loin
Qu’il s’agisse du rythme prévisible des marées ou de la puissance inexploitée de nos rivières du Nord, l’avenir de l’énergie canadienne est de plus en plus bleu.
Pour en savoir plus sur les innovations qui se cachent sous la surface, écoutez l’entrevue complète avec Elisa Obermann sur le balado ThinkEnergy, disponible sur notre site Web ou sur votre plateforme habituelle.