Transformation de l’avenir énergétique de l’Ontario

Avant de jeter la pierre aux pays à qui on attribue communément la responsabilité pour les changements climatiques, attendez de voir qui est au sommet du palmarès : le Canada. Ça vous étonne? Selon une analyse récente (en anglais seulement) publiée par un groupe de recherche, Carbon Brief, le Canada est responsable de la plus importante part d’émissions de CO2 au monde depuis le début de la révolution industrielle jusqu’à ce jour, et ce, sur la base du nombre d’habitants.

Selon Ressources naturelles Canada, les Canadiens consomment plus d’énergie en raison de nos températures extrêmes, notre vaste territoire et la dispersion de la population.

En 2019, le Canada a généré 730 mégatonnes d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Les cinq provinces en tête de liste – l’Alberta, l’Ontario, le Québec, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique – sont responsables de 91 % du total national. À elle seule, l’Ontario a contribué à ce total dans une proportion de 22 %, avec 163 mégatonnes.

Pour vous donner une idée, une tonne équivaut à parcourir 4 500 kilomètres en voiture, à extraire 15 barils de pétrole ou à faire fonctionner vos électroménagers durant sept mois. Et une mégatonne est égale à un million de tonnes.

Les temps doivent changer

Avec moins de 30 ans pour atteindre l’objectif de zéro émissions nettes du gouvernement fédéral, il y a beaucoup de travail à faire pour modifier notre rang mondial au chapitre des émissions de CO2. Particulièrement lorsqu’on sait que 76 % des émissions de CO2 de l’Ontario sont attribuables uniquement à la consommation d’énergie.

« Atteindre la carboneutralité d’ici 2050 sera une opération énorme, représentant peut-être le plus gros projet d’infrastructure de l’histoire de notre pays », dit Vince Brescia, président et chef de la direction de l’Association de l’énergie de l’Ontario. « Et pour atteindre cet objectif, on va tous devoir travailler ensemble. »

Bien que l’industrie de l’électricité soit souvent pointée du doigt dans les débats entourant les changements climatiques, le secteur de l’électricité de l’Ontario est l’un des plus propres au monde, produisant 94 % d’électricité complètement exempte d’émissions de GES. Cette performance est principalement attribuable aux efforts concertés visant à éliminer les centrales au charbon de la province en 2014 (ce qui a permis une réduction de 31 mégatonnes) et à investir dans les projets d’énergie renouvelable.

Les principaux facteurs qui contribuent aux gaz à effet de serre en Ontario sont les suivants : le pétrole raffiné, utilisé surtout dans les transports; le gaz naturel, qui sert principalement à chauffer les maisons et les bâtiments; et les processus énergétiques utilisés dans le secteur industriel, particulièrement les aciéries, les cimenteries et les usines de produits chimiques.

« Ensemble, ces secteurs sont responsables de près de 80 % de nos émissions », affirme Vince Brescia. « On va devoir éliminer les carburants qu’on utilise dans les transports; on va devoir décarboner les systèmes de chauffage des bâtiments; et bon nombre de nos industries et entreprises vont devoir s’adapter à de nouvelles sources d’énergie. Ça vous donne une idée de l’ampleur du défi à relever. »

Interrogé sur les solutions concrètes pour remédier aux problèmes liés à ces secteurs d’activité, M. Brescia émet des recommandations.

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Le secteur des transports

En Ontario, les transports sont la plus grande source d’émissions : les véhicules de tourisme sont actuellement responsables de 57 % des émissions. « L’électrification des voitures, des transports en commun et des plus petits camions de transport sur de courtes distances est assurément un élément clé de la solution si on veut éliminer une grande partie des émissions », souligne M. Brescia.

Vince Brescia s’attend à une accélération rapide de la transition vers les véhicules électriques, mais pense que d’autres solutions devront être adoptées en ce qui concerne les camions lourds de transport sur de longues distances. « La plupart des analystes estiment que les piles à hydrogène joueront un rôle important, à long terme, dans le secteur du transport lourd. Ce qui est emballant en soi, car le Canada et l’Ontario ont un certain nombre de grandes compagnies dans le domaine de l’hydrogène. »

Des bâtiments plus verts

« On a déjà commencé à décarboner le réseau de gaz naturel en y intégrant des gaz renouvelables (comme le méthane des sites d’enfouissement) et, comme tous les grands pays occidentaux, le Canada dispose d’une stratégie de déploiement de l’hydrogène. »

À l’heure actuelle au Canada, les maisons et les immeubles (en tenant compte de l’électricité produite pour les alimenter) libèrent chaque année 111 millions (document en anglais seulement) de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. 

Dans l’économie ontarienne, la deuxième plus grande source d’émissions est attribuable au secteur du bâtiment. D’ailleurs, environ 84 % des immeubles commerciaux et institutionnels de l’Ontario chauffent leurs locaux au moyen du gaz naturel. « On va devoir continuer à utiliser le gaz naturel pour chauffer nos maisons et nos immeubles durant un certain temps. La clé, c’est de le rendre plus propre », explique M. Brescia. « On peut décarboner le réseau de gaz naturel en profondeur et le faire à un coût relativement abordable, ce qui donnera une meilleure marge de manœuvre au réseau d’électricité pour contribuer à décarboner d’autres secteurs. » Cette façon de faire a le potentiel d’être un rouage important de notre stratégie de réduction des émissions.

L’industrie repensée

« Dans la poursuite de nos objectifs, il y a de grands freins et défis, notamment les secteurs d’activité dans lesquels la réduction des émissions est difficile à faire. Ces secteurs se caractérisent par un fort volume de matériaux; ce sera un défi pour nous de trouver des processus de rechange qui seront abordables. À l’échelle planétaire, ces secteurs comptent parmi les plus importantes sources d’émissions. Et les trois gros émetteurs sont ceux-ci : les cimenteries, les aciéries et les usines de produits chimiques. »

En 2020, 4,1 milliards de tonnes de ciment ont été produites dans le monde (en anglais seulement), ce qui fait de cette industrie l’une des plus grandes sources d’émissions de la planète. Pour chaque tonne de ciment qu’on fabrique, on produit environ une demi-tonne de dioxyde de carbone. Cette énorme quantité est attribuable à la fois à la composante énergétique (à l’heure actuelle, surtout des combustibles fossiles) et aux réactions chimiques au cours de la production.

L’industrie de l’acier compte aussi parmi les plus grands émetteurs du monde, produisant 3,5 gigatonnes (ou 3,5 milliards de tonnes) de CO2 annuellement. Comme dans le cas du ciment, la fabrication d’acier primaire comporte aussi une composante énergétique (actuellement, surtout du charbon) et une composante de réactions chimiques. S’attaquer au problème de cette industrie ne sera pas une mince tâche puisque l’Ontario produit de l’acier et en utilise beaucoup dans ses usines de fabrication de véhicules.

Le troisième secteur à décarboner à l’aide de la technologie (principalement non disponible présentement) comprend la fabrication de produits chimiques, de produits pétrochimiques et de plastiques, qu’on retrouve dans une multitude de produits.

« L’Agence internationale de l’énergie a conclu que près de la moitié des réductions d’émissions nécessaires pour atteindre la carboneutralité ne seront possibles que grâce à des technologies qui ne sont pas encore sur le marché », avance M. Brescia. « Mais ce qui est emballant avec l’industrie de l’énergie, c’est qu’elle a un potentiel immense dans le domaine de l’innovation technologique. »

Vous aimeriez en savoir davantage sur l’avenir énergétique de l’Ontario et sur certaines possibilités exaltantes qui se dessinent à l’horizon? Écoutez notre entrevue complète avec Vince Brescia sur le balado ThinkEnergy (diffusion en anglais seulement).

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